CABOU

Chant révolutionnaire

(mardi 29 décembre 2009)

Et l’on verra p’t’être
que j’défonce-là
des portes ouvertes, mais
permettez-moi
– spéciale dédicace à qui voudra –
ce banal et triste constat :
jusqu’à preuve du contraire,
les riches
ne lâchent
jamais rien
de bonne grâce.

Et parce que les pauvres
n’ont pas attendu Karl & Mikhaïl
pour inventer la lutte de classes,
on sait depuis des lustres
qu’il n’existe vraiment d’autres solutions
que d’les choper par les couilles
pour leur faire cracher l’pognon.

Choquant ? Alors
mettons-y les formes :
loi, décret et parlement ;
votons, débattons, promulguons,
osons leur demander…
de bien vouloir comprendre…
ne serait-ce que…
pour le bien de tous
(et, en particulier, d’eux-mêmes)…
s’agirait, peut-être, d’envisager
d’faire un p’tit tour au bassinet,
histoire de continuer leur banquet.
Ah ! Et puis quoi encore ?
Grappiller ma fortune ? Trop violent !

Et, à la moindre alerte,
voilà qu’on déballe les grands classiques :
cassette collée au gigot,
magot dans la mallette,
liasses sous le maillot,
sacoche, poussette, carrosse…
Et se carapatent dignement
sous d’autres cieux,
fiscalement plus cléments.

Le temps n’est plus
à couper des têtes, mais
s’agirait bien, quand même
de s’réveiller, non ?

Voilà pourquoi, avant
de boire mon chocolat
me ferait un grand plaisir
de hurler une dernière fois :
Ligne de front et Tarass Boulba !

Assez finassé :
fortunes colossales et misères abyssales
cohabitent sans vergogne.
Pas besoin de faire un dessin.
Tant qu’on alimente
les pompes à fric,
n’importe qui
essaie d’en profiter.
Mais tant que ça continue,
chacun, à sa place,
de gré et de force,
reste arrimé.

Et dans les contes de fées,
les crapauds embrassent les princesses.

Le temps n’est plus
à couper des têtes, mais
faudra bien les déloger
pour que tout le monde puisse respirer.

Voilà pourquoi, avant
– ultime trémolo dans la voix –
me ferait un grand plaisir
de hurler une dernière fois :
Ligne de front et Tarass Boulba !

Ne sert à rien d’se projeter
un mauvais film.
Pour rétablir de la justice, l’est donc
probable qu’il faudra les frictionner.
Mais attention à ne pas se tromper de cible :
ce ne sont pas les personnes,
mais leur maudit joujou qu’il faut supprimer.
Faute de quoi, d’autres
prendront leur place.
Et rien ne sera changé.

Comme le disait le vieux Pottier :

Fille de la propriété,
Cousine de la peste,
Sacoche est pour l’Égalité
L’écueil le plus funeste.
Les gueux posent en hidalgos
Dès qu’elle emplit leur poche…
Tas de nigauds,
Pour vivre égaux
Crevez-moi la sacoche !

Le temps n’est plus
à couper des têtes, mais
devient urgent de tout réinventer
pour ne pas se mettre à les singer.

Voilà pourquoi, avant
… je ne sais quoi,
me ferait grand plaisir
de hurler une dernière fois :
Ligne de front et Tarass Boulba !