CABOU

Maison de poupées

(samedi 17 octobre 2015)

Au 4e, c’est Sophie,
Elle vient juste de finir son selfie.
Upload du sein gauche,
Ça paye 1 jour de cantine de la gosse.
Ce soir, faudra qu’elle embauche.
Mechanical Turk, c’est son boss !
Mais avant, ya l’annonce à poster :
« Likez, likez mon meublé tout l’été,
Les 3 placards de cuisine,
Le bureau de la gamine,
Le fauteuil roulant du frangin,
La culotte fourrée en poil de lapin... »
Elle tapote, elle tapote.
N’entend même pas sa fille lui crier :
« Maman, ya Onc’ Edouard qu’a chié
dans la compote ! »

Elle s’impose là, comme un chat sur le canapé,
Il s’en passe des choses, pas vraiment des épopées
Elle vient comme ça, tu ne pourras pas y échapper,
Bienvenue à toi, dans la maison de poupées !

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René, qui habite au 3e,
Lustre ses rides avec de la crème,
Rase le foin qui lui sort de partout.
Des narines, des oreilles et du slip.
Sous les aisselles, lotion au wapato.
C’est vraiment un brave type !
Claques sur les joues, triolet de youyou,
Il est fin prêt pour son rendez-vous.
« Je n’ai plus un rond en poche,
Mais la vie n’est pas moche. »
« J’attends, j’attends Justine,
Le bout du nez en forme de gland de pine ! »
Et sonne le carillon...
V’la pas le tableau, sur le pallier :
Policiers, déménageurs et huissier,
L’assignation !

Elle s’impose là, comme un chat sur le canapé,
Il s’en passe des choses, pas vraiment des épopées
Elle vient comme ça, tu ne pourras pas y échapper,
Bienvenue à toi, dans la maison de poupées !

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2e étage, Malika Uppercut,
Bassiste des Raies Hirsutes.
Bosse sur Love me do, version hardcore,
Mais son corps lui dit de tout balourder.
Alors elle gobe deux cachets, encore,
Histoire de s’éclaircir les idées !
Tiens, c’est bizarre, effet inverse...
Elle débranche tout et tombe à la renverse.
Glisser dans le trou
I’ll always be true
Éplucher les caniches de la mère Picon
Pour les faire sécher sur le balcon.
Ça défile, ça défile...
Sitôt, la rue lui saisit la cervelle...
« Encore, c’te vieille crécelle
et ses clébards débiles ! »

Elle s’impose là, comme un chat sur le canapé,
Il s’en passe des choses, pas vraiment des épopées
Elle vient comme ça, tu ne pourras pas y échapper,
Bienvenue à toi, dans la maison de poupées !

Jacques se cherche, au premier.
Jacques se prend pour un pommier.
Tant il est obsédé par ses racines,
Qu’il se prive de toutes branches.
Cible supposée de sournoises rapines,
Jacques se voit coupé comme une tranche.
Alors pour éviter la déchéance,
Il creuse et se vide de sa substance.
Il creuse ; à défaut de procréer,
Jacques finira bien par s’ancrer.
Il creuse, il creuse comme un brave,
À force de creuser, il tombe dans la cave.
L’aïeul l’accueille, épouvanté :
« Tu devrais changer de souche, mon bébé,
Toutes ces histoires de macchabées
Te ruinent la santé ! »

Elle s’impose là, comme un chat sur le canapé,
Il s’en passe des choses, pas vraiment des épopées
Elle vient comme ça, tu ne pourras pas y échapper,
Bienvenue à toi, dans la maison de poupées !